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Le Brexit ne fait pas (encore) vibrer le marché


Des espoirs mais aucun mouvement sur le marché immobilier francilien après l’annonce du Brexit. Paris n’est pas le seul plan B.

Wait and see.

» Passé le choc du vote en faveur du Brexit, en juin dernier, les répercussions du référendum anglais sur le marché de l’immobilier francilien restent insondables. Hormis la vaste opération séduction de la région Ile-de-France envers les entreprises basées à Londres, concrètement, sur le terrain, c’est statut quo. L’impact sur la demande locative est nul et aucun projet de relocalisation n’est en cours. Même HSBC, qui avait déclaré en janvier vouloir rapatrier 1.000 salariés à Paris, opte pour la réserve. Lors de la présentation de ses résultats annuels en février, le groupe s’est contenté de souligner « la profondeur du marché immobilier francilien », affirmant attendre l’issue des négociations sur le Brexit pour confirmer l’annonce.

Une posture attentiste partagée par l’ensemble des entreprises implantées à Londres. « On est dans une phase d’expectative. Plutôt que de prendre une décision hâtive, elles préfèrent savoir quelles vont être les modalités pratiques d’un événement encore jamais vécu », indique Philippe Perello, directeur général du conseil Knight Frank. Est-ce à dire qu’aucun mouvement n’aura lieu avant la validation de l’article 50 ? Pas sûr.

Si, du côté français, l’annonce du Brexit peut faire l’effet d’une tempête dans un verre d’eau, de sérieuses réflexions sont menées en interne. « Les grandes banques sont entrées dans une phase d’analyse. Elles sont à la recherche de chiffres et d’informations pour être prêtes à prendre une décision le jour où il faudra basculer », indique Fabrice Allouche, PDG de CBRE.

No passport, no business

Au coeur des discussions : le passeport financier Ucits qui, en cas de « hard Brexit », pourrait être supprimé. Sans ce dispositif européen visant à réglementer les OPCVM et fonds de placement vendus au public, les sociétés de gestion ne pourront plus gérer leurs actifs depuis Londres. Quelques-unes ont déjà fait le choix de rentrer à Paris dès 2017 et n’attendent que l’agrément de l’AMF pour traverser la Manche, à en croire Bertrand Gibeau, directeur général délégué chez Reinhold & Partners : « Avec 640 sociétés de gestion implantées sur son territoire, la France est le second marché mondial de l'”asset management” derrière les Etats-Unis. » L’industrie financière ­concerne près de 2 millions de salariés à Londres. Selon les estimations de JLL, la voie dure du Brexit impacterait plus de 100.000 emplois. La France n’est évidemment pas le seul plan B, en compétition avec Francfort, Dublin ou Luxembourg. Mais, avec un parc immobilier tertiaire de 53 millions de mètres carrés, 1,8 million de mètres carrés de bureaux neufs en Ile-de-France prévus cette année et une part belle à la French Tech, Paris a une carte à jouer… A condition que le contexte politique reste favorable aux entreprises.

Climat anxiogène

Or, le flou qui entoure la prochaine élection présidentielle et le risque d’un gouvernement hostile à l’Europe en cas de victoire du Front national rendent le climat des affaires anxiogène. « Les marchés savent toujours se positionner quand il y a une bonne ou une mauvaise nouvelle, mais pas du tout quand c’est l’incertitude », observe Marie-Laure Leclercq de Sousa, directrice France du département Agence de JLL. Un point noir qui s’ajoute aux handicaps déjà identifiés : le poids de la fiscalité, la rigidité du Code du travail, le faible niveau en langue des Français et les récents attentats, qui affaiblissent Paris face à ses rivales européennes. Tout va dépendre, donc, de l’évolution de la situation économique au Royaume-Uni, où l’investissement a marqué le pas. Les six mois qui ont suivi le Brexit ont, non seulement, vu baisser le volume de transactions immobilières, mais, surtout, la livre sterling plonger de 15 %, accroissant ainsi les risques de change pour les investisseurs. Une situation qui devrait profiter à la France. « Paris se positionne comme l’un des principaux marchés de report des investissements étrangers, grâce à sa profondeur et ses fondamentaux très solides », affirme Laurent Boucher, président d’Advisory France (BNP Paribas Real Estate). L’entreprise a traité l’an dernier plus de 1 milliard d’euros avec la Corée. Derrière un calme apparent, le Brexit pourrait bien servir d’accélérateur sur un marché immobilier francilien déjà dynamique, dont le nombre de mètres carrés de bureaux loués devrait atteindre près de 2,5 millions de mètres carrés en 2017.

Cécile Buffard

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